Les équivalents du mot « chat » dans de nombreuses langues du monde

Les équivalents du mot « chat » dans de nombreuses langues du monde
Sommaire7 sections
  1. 01Une racine latine qui traverse toute l'Europe
  2. 02Des mots très différents en Asie
  3. 03L'Afrique, entre racines locales et influences arabes
  4. 04Sur le continent américain, l'héritage colonial domine
  5. 05Les langues qui ne dérivent ni du latin ni de l'onomatopée
  6. 06L'Inde et le sous continent, un carrefour de mots
  7. 07Ce que ces mots disent de l'histoire du chat domestique

Le mot latin « cattus » a essaimé dans des dizaines de langues sans qu'on sache vraiment d'où il vient lui même. Certains linguistes y voient un emprunt à une langue africaine ou proche orientale, arrivé à Rome en même temps que le chat domestiqué. Ce qui est sûr, c'est que sa trace se retrouve, presque intacte, du portugais au russe.

Une racine latine qui traverse toute l'Europe

La plupart des langues européennes utilisent un mot dérivé de « cattus ». L'allemand dit « Katze », l'espagnol « gato », l'italien « gatto », le portugais « gato » également. L'anglais « cat » vient de la même racine, tout comme le néerlandais « kat » et le suédois « katt ». Le russe « кошка » (koshka) et le polonais « kot » appartiennent à la même famille, malgré l'éloignement du latin dans l'histoire de ces langues slaves.

Le français fait exception partielle : « chat » vient bien de « cattus », mais en passant par le bas latin « cattus » puis l'ancien français « chat », avec la mutation phonétique typique du gaulois au français, le même chemin qui a transformé « capra » en « chèvre ».

L'allemand a aussi ses expressions autour du chat. « Eine Katzenwäsche machen », littéralement faire une toilette de chat, désigne une toilette rapide et superficielle, l'équivalent français serait un brin de toilette fait à la va vite. Et l'expression « Ist die Katze aus dem Haus, tanzen die Mäuse auf dem Tisch », si le chat est sorti de la maison, les souris dansent sur la table, correspond exactement à notre « quand le chat n'est pas là, les souris dansent ».

Des mots très différents en Asie

En Asie, la racine latine disparaît complètement, chaque langue ayant développé son propre terme. En mandarin, le chat se dit 猫 (māo), un mot qui imite phonétiquement le miaulement, comme beaucoup de désignations d'animaux en chinois. Le japonais utilise le même caractère, 猫, mais le prononce « neko ». Le coréen dit « 고양이 » (goyangi), sans lien apparent avec le chinois ou le japonais malgré la proximité géographique.

Le vietnamien dit « mèo », le thaï « แมว » (maeo), deux mots qui, comme le mandarin, semblent imiter le cri de l'animal plutôt que dériver d'une racine commune. Cette convergence par onomatopée, indépendante d'une langue à l'autre, est un phénomène linguistique documenté : le son du miaulement pousse naturellement vers des mots courts en voyelle ouverte.

Le japonais a lui aussi ses expressions félines. « 猫の手も借りたい » (neko no te mo karitai), je voudrais emprunter même la patte d'un chat, décrit une situation où l'on est tellement débordé qu'on accepterait n'importe quelle aide, même celle, réputée peu utile, d'un chat.

L'Afrique, entre racines locales et influences arabes

En swahili, langue véhiculaire de l'Afrique de l'Est, le chat se dit « paka ». En zoulou, langue d'Afrique australe, c'est « ikati », un mot qui, curieusement, sonne proche de la racine latine sans lien historique démontré. En yoruba, parlé au Nigeria et au Bénin, on dit « ológbò ». L'amharique, langue officielle de l'Éthiopie, utilise « ድመት » (dimet).

L'arabe, langue qui relie le monde arabo-musulman de l'Atlantique au Golfe, dit « قطة » (qitta), un mot qui partage une racine sémitique ancienne avec l'hébreu « חתול » (khatul), tous deux distincts de la racine latine.

Sur le continent américain, l'héritage colonial domine

En Amérique latine, les langues issues de la colonisation espagnole et portugaise ont simplement importé « gato ». Le créole haïtien, construit sur une base française, dit « chat », presque sans changement de graphie ni de prononciation par rapport au français.

Les langues amérindiennes, quand elles ont un mot propre, l'ont souvent forgé après le contact avec les colons, le chat domestique n'existant pas en Amérique avant l'arrivée des Européens. Le nahuatl, langue aztèque encore parlée au Mexique, utilise un emprunt adapté à sa phonologie.

Les langues qui ne dérivent ni du latin ni de l'onomatopée

Le finnois dit « kissa », le hongrois « macska » : deux langues finno-ougriennes, sans parenté directe avec le latin, dont les mots pour chat ont pourtant une sonorité qui rappelle vaguement le grec ancien « catta ». Le turc dit « kedi », le persan « گربه » (gorbe), deux mots sans lien apparent l'un avec l'autre malgré des siècles de contacts entre les deux cultures.

Le romani, langue des populations roms originaires du sous continent indien, dit « mačka » selon les dialectes, un mot proche du slave. Le hawaïen dit « pōpoki », littéralement dérivé de l'anglais « poor pussy » adapté à la phonologie polynésienne, preuve que même une langue insulaire éloignée a intégré le chat tardivement, avec l'arrivée des marins européens.

L'Inde et le sous continent, un carrefour de mots

Le hindi dit « बिल्ली » (billi), un mot sans lien évident avec le latin ni avec les racines sémitiques. Le tamoul, langue dravidienne parlée dans le sud de l'Inde et au Sri Lanka, utilise « பூனை » (pūnai), totalement distinct des langues indo européennes du nord du pays. Cette diversité, à l'intérieur même d'un seul pays, montre que le sous continent indien n'a jamais eu de mot unique pour le chat, chaque famille linguistique ayant conservé ou forgé le sien indépendamment des autres.

Le bengali dit « বিড়াল » (biṛal), proche du hindi par la famille linguistique mais avec une prononciation qui s'en éloigne nettement. Ces variations, à l'échelle d'un même sous continent, rappellent que la proximité géographique ne garantit pas la proximité du vocabulaire, contrairement à ce qu'on observe en Europe autour de la racine latine.

Ce que ces mots disent de l'histoire du chat domestique

La répartition de ces mots suit d'assez près la route de la domestication et de la diffusion du chat depuis le Croissant fertile puis l'Égypte antique, où il a été apprivoisé il y a plusieurs millénaires pour protéger les récoltes de céréales contre les rongeurs. Les langues des régions où le chat est arrivé tôt, bassin méditerranéen, Moyen Orient, ont chacune un mot ancien et bien ancré. Les langues des régions où il est arrivé tardivement, par le commerce ou la colonisation, empruntent souvent un mot étranger ou en fabriquent un par onomatopée, faute de terme préexistant.

D'un continent à l'autre, le chat garde ainsi une place particulière dans le vocabulaire courant : peu d'animaux domestiques ont autant d'expressions idiomatiques attachées à leur nom, signe d'une cohabitation ancienne et quotidienne avec l'espèce humaine.

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