Le mystère du pelage colourpoint chez les chats : découvrez ses origines, ses différentes races et ses particularités de reproduction
Sommaire9 sections
- 01Comment fonctionne la mutation
- 02Les variations de couleur du motif
- 03Les races toujours colourpoint
- 04Les races où le colourpoint est une variante possible
- 05Ce qui se transmet d'une portée à l'autre
- 06Pourquoi la couleur change avec l'âge et la santé
- 07Un motif qui s'observe aussi chez le chat de gouttière
- 08Les yeux bleus, une conséquence du même gène
- 09Distinguer colourpoint, mink et sépia chez le Tonkinois
Un chat colourpoint naît blanc ou presque, et fonce en quelques semaines. C'est ce décalage entre la naissance et l'apparence adulte qui trompe le plus de nouveaux propriétaires : un chaton Siamois tout clair à huit jours ne restera pas ainsi, ses extrémités vont s'assombrir au fil des premiers mois.
Le pelage colourpoint désigne un contraste net entre le corps, plus clair, et les extrémités, plus foncées : masque, oreilles, pattes et queue. Ce motif n'est pas propre au chat. On le retrouve chez le lapin himalayen ou certaines souris de laboratoire, pour la même raison génétique.
Comment fonctionne la mutation
Le pelage colourpoint vient d'une mutation récessive du gène qui code la tyrosinase, l'enzyme responsable de la fabrication de la mélanine dans la peau, les poils et les yeux. Chez un chat colourpoint, cette enzyme est thermosensible : elle fonctionne mal à température normale du corps et reprend de l'activité seulement là où la peau est plus froide, à l'extrémité des membres et du visage. C'est pourquoi le ventre et le dos, plus chauds, restent clairs alors que les oreilles, le museau, les pattes et la queue foncent.
Ce mécanisme explique aussi pourquoi un chaton colourpoint naît quasiment blanc : dans l'utérus, la température est uniforme et élevée, l'enzyme ne travaille nulle part. Les couleurs apparaissent progressivement après la naissance, à mesure que les extrémités se refroidissent au contact de l'air.
Les variations de couleur du motif
Le contraste colourpoint existe en plusieurs teintes. Le seal point, brun très sombre presque noir, est le plus répandu et le plus reconnu par les standards. Le blue point donne un gris bleuté plus doux. Le chocolate point est plus clair et plus chaud que le seal point, le lilac point encore plus pâle, presque rosé gris. Le red point, issu du gène orange, donne des extrémités roux vif, et le cream point une version diluée du roux. Ces couleurs se combinent parfois avec des motifs tabby, ce qu'on appelle alors lynx point.
Les races toujours colourpoint
Certaines races n'existent que sous cette forme, le colourpoint fait partie du standard.
- Siamois : la race d'origine du motif, reconnue en France depuis les années 1920. Le Siamois moderne a un corps longiligne et des yeux bleus, le Siamois thaï, plus rond, correspond au type ancien.
- Balinais : version à poil mi long du Siamois, apparue par mutation naturelle dans des portées de Siamois aux États-Unis dans les années 1950.
- Himalayen : issu de croisements entre Persan et Siamois dans les années 1930 pour combiner le pelage long du Persan et le motif colourpoint. Le LOOF le classe aujourd'hui comme une variété de Persan.
- Sacré de Birmanie : reconnaissable à ses gants blancs sur des pattes autrement colourpoint, en plus du masque et des oreilles foncées.
Les races où le colourpoint est une variante possible
D'autres races acceptent le colourpoint sans que ce soit systématique.
- Ragdoll : créé en Californie dans les années 1960, souvent colourpoint mais aussi disponible en mitted ou bicolore.
- Ragamuffin : proche du Ragdoll, avec davantage de robes bicolores que de colourpoint pur.
- Tonkinois : croisement entre Siamois et Sacré de Birmanie, il peut afficher trois types de pelage selon le nombre de copies de la mutation : colourpoint, mink ou sépia.
- Persan et Exotic Shorthair : la variété colourpoint existe mais reste minoritaire face aux robes unies ou tabby.
Ce qui se transmet d'une portée à l'autre
La mutation est récessive : un chat doit recevoir deux copies du gène muté, une de chaque parent, pour exprimer le colourpoint. Un chat qui n'a qu'une copie est porteur mais garde une robe unie ou tabby classique. Les combinaisons possibles entre deux reproducteurs :
- Deux chats colourpoint : tous les chatons seront colourpoint.
- Un chat colourpoint et un porteur : environ la moitié des chatons seront colourpoint.
- Deux porteurs non colourpoint : environ un quart des chatons seront colourpoint.
- Un chat colourpoint et un chat sans la mutation : aucun chaton colourpoint, mais tous seront porteurs.
- Un porteur et un chat sans la mutation : aucun chaton colourpoint, la moitié environ sera porteuse.
Un éleveur sérieux qui vend un chaton colourpoint peut donc dire avec certitude si les deux parents sont eux mêmes colourpoint ou seulement porteurs, ce qui conditionne les couleurs attendues dans la portée suivante.
Pourquoi la couleur change avec l'âge et la santé
Le pelage colourpoint n'est jamais figé. Un chat qui vit dans une maison fraîche aura des extrémités plus sombres qu'un chat qui dort près d'un radiateur, tout simplement parce que le froid stimule la production de mélanine là où elle s'exprime. Un chat âgé, dont la circulation ralentit et dont les extrémités se refroidissent davantage, tend à foncer avec les années. À l'inverse, un épisode de fièvre fait momentanément blanchir les zones touchées, le temps que la température redescende.
Chez la femelle, les bouleversements hormonaux qui suivent une mise bas peuvent aussi foncer temporairement le pelage, avant un retour progressif à la teinte habituelle. Ce phénomène, documenté chez les éleveurs de Siamois et de Birmans, reste mal expliqué sur le plan mécanique mais est largement observé sur plusieurs générations d'élevage.
Un motif qui s'observe aussi chez le chat de gouttière
Contrairement à une idée répandue, le colourpoint n'est pas réservé aux races de pedigree. La mutation existe aussi dans la population de chats sans race, et il n'est pas rare de croiser, en refuge, un chat au corps clair et aux extrémités sombres sans ascendance Siamois identifiable. Le LOOF ne reconnaît alors aucune race particulière, mais la génétique en jeu est strictement la même que chez un Sacré de Birmanie pedigree : deux copies du même gène thermosensible, exprimées de la même façon sur la peau la plus froide du corps.
Les yeux bleus, une conséquence du même gène
Presque tous les chats colourpoint ont les yeux bleus, et ce n'est pas un hasard esthétique. Le même gène qui bloque la production de mélanine sur le corps agit aussi sur les cellules pigmentaires de l'iris. Sans mélanine suffisante dans l'œil, la lumière qui traverse le cristallin est diffusée d'une manière particulière qui donne cette teinte bleue caractéristique, le même phénomène optique qui rend le ciel bleu. Un chat colourpoint aux yeux d'une autre couleur signale en général un croisement avec une race qui n'exprime pas cette caractéristique de façon aussi systématique, comme certains lignages de Ragdoll ou de Tonkinois.
Distinguer colourpoint, mink et sépia chez le Tonkinois
Le Tonkinois illustre bien la complexité de cette génétique, car il porte deux gènes différents liés à la restriction de couleur, hérités respectivement de ses ancêtres Siamois et Sacré de Birmanie d'un côté. Selon le nombre de copies de chaque gène qu'il reçoit, un chaton Tonkinois peut naître colourpoint, avec un contraste marqué comme chez un Siamois, mink, avec un contraste plus doux et des yeux aigue marine, ou sépia, avec un pelage presque uniforme et des yeux dorés ou verts. Ces trois variantes peuvent apparaître dans la même portée, issues des mêmes parents, ce qui surprend souvent les nouveaux éleveurs face à leur premier accouplement de Tonkinois.
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