Histoire des races de chat : des premiers standards à aujourd'hui
Sommaire5 sections
Une race de chat ne sort jamais de nulle part. Derrière chaque nom, il y a soit des siècles d'adaptation dans une région du monde, soit un accouplement imprévu remarqué par un éleveur attentif, soit une mutation apparue dans une seule portée et fixée génération après génération. Ces trois voies expliquent la majeure partie de la diversité féline actuelle.
Les races nées sans intervention humaine
La majorité des races anciennes ne doivent rien à un programme d'élevage : ce sont des races naturelles, façonnées par leur environnement d'origine avant même d'être décrites ou standardisées. Le Chartreux en France, le Norvégien dans les fermes scandinaves, le Turc Van autour du lac homonyme en Anatolie se sont adaptés au climat, à la nourriture disponible et aux prédateurs locaux bien avant qu'un standard ne fixe leur silhouette sur le papier.
Ce travail de sélection n'a été formalisé qu'à partir de la fin du XIXe siècle, avec les premières expositions félines en Angleterre. Les organismes qui les régissent aujourd'hui, LOOF en France ou TICA à l'international, ont ensuite décrit ces populations existantes plutôt qu'ils ne les ont créées.
Décrire une race naturelle demande un travail différent de celui qu'exige une race issue de mutation. Il s'agit d'observer une population déjà stable, d'en fixer les critères sur le papier (longueur du poil, gabarit, couleurs admises) et de retrouver, dans une exposition, des sujets qui y correspondent déjà. Le Norvégien n'a par exemple été reconnu comme race à part entière qu'en 1977 en Europe, alors que sa population existait depuis des siècles dans les fermes scandinaves sans qu'aucun standard écrit ne la décrive.
Quand un croisement imprévu devient une race
Certaines races doivent leur existence à un accouplement que personne n'avait programmé. Le Tonkinois illustre bien ce cas : né d'un croisement entre un Siamois et un Burmese, il a d'abord été considéré comme un accident avant que des éleveurs ne stabilisent ses caractéristiques sur plusieurs générations.
D'autres suivent le même schéma. Le Burmilla naît en 1981 en Angleterre d'une rencontre non planifiée entre un Persan chinchilla et un Burmese lilas. Le Ocicat résulte d'un programme qui visait au départ à obtenir un Abyssin aux points siamois, et a fini par produire un chat tacheté ressemblant à un petit ocelot, croisant Siamois, Abyssin et American Shorthair. Le Cymric, quant à lui, est simplement un Manx à poil mi-long, apparu dans des portées de Manx porteurs du gène correspondant.
Les croisements volontaires, eux, partent d'un objectif écrit à l'avance : modifier la longueur du poil, introduire une couleur de robe absente d'une race, ou combiner la morphologie de deux races existantes. Ce travail prend rarement moins de trois ou quatre générations avant d'obtenir des chatons qui répondent de façon stable au résultat recherché.
Le Persan lui-même illustre ce mécanisme sur le temps long : sa fourrure très longue actuelle résulte d'une sélection poursuivie sur plus d'un siècle à partir de chats à poil mi-long importés de Turquie et de Perse, très éloignés du Persan que l'on connaît aujourd'hui.
Les mutations spontanées, seule race sur mille
Une poignée de races doit son existence à une mutation génétique apparue par hasard dans une portée ordinaire, puis repérée et conservée par un éleveur ou un simple particulier. La liste est plus longue qu'on ne le pense :
- L'American Wirehair, poil dru et frisé, repéré en 1966 dans une ferme de l'État de New York.
- L'American Bobtail, queue courte et remontée, né dans les années 1960 en Arizona à partir d'un chat trouvé dans une réserve amérindienne.
- L'American Curl, oreilles recourbées vers l'arrière, apparu en 1981 chez une chatte errante recueillie en Californie.
- Le Scottish Fold, oreilles tombantes, identifié en 1961 dans une ferme écossaise.
- Le Munchkin, pattes très courtes, popularisé aux États-Unis à partir des années 1980.
- Le Sphynx, quasiment sans poils, fixé au Canada dans les années 1960.
- Les Rex : le Cornish Rex repéré en 1950 en Cornouailles, le Devon Rex en 1960 dans le Devon voisin, et le German Rex en Allemagne, tous trois porteurs d'un gène qui frise le poil sans le raccourcir.
Ces mutations se transmettent soit de façon dominante, soit de façon récessive. Une mutation dominante s'exprime dès qu'un seul parent la porte, comme les oreilles pliées du Scottish Fold. Une mutation récessive, comme l'absence de poils du Sphynx, exige que les deux parents en soient porteurs pour apparaître chez un chaton.
Le rôle des éleveurs dans la fixation d'une race
Repérer une mutation ou un croisement intéressant n'est que la première étape. Fixer une race demande des années de sélection, un registre généalogique tenu avec rigueur et l'évitement des accouplements consanguins trop rapprochés, qui accumuleraient les défauts liés à la mutation plutôt que ses seuls avantages.
Ce travail explique pourquoi certaines races restent rares plusieurs décennies après leur apparition : peu d'éleveurs s'y consacrent, le nombre de reproducteurs disponibles reste faible, et l'organisme félin concerné met parfois des années avant d'accorder une reconnaissance officielle. Le Devon Rex, par exemple, transmet parfois des difficultés respiratoires liées à une malformation thoracique présente chez certains individus, un point que les éleveurs sérieux surveillent avant toute reproduction.
Le calendrier de reconnaissance varie énormément d'une association à l'autre. La Fédération Internationale Féline et la TICA n'accordent pas toujours leur statut la même année pour une race identique, ce qui explique qu'un chat puisse être présenté comme « race reconnue » dans un pays et encore en cours d'évaluation ailleurs.
Naturel, accidentel ou provoqué, un même point commun
Que l'origine soit un climat particulier, un accouplement fortuit ou une mutation isolée, aucune race ne s'est stabilisée sans des années de suivi humain. Les registres généalogiques actuels, consultables auprès du LOOF pour la France, permettent aujourd'hui de retracer la lignée d'un chaton sur plusieurs générations et de vérifier qu'aucun croisement problématique ne s'est glissé dans son ascendance.
Résumer cet article avec :
Partager :
